Étienne Brûlé – Parc provincial Awenda (plaque historique)

 

 

 

Brûlé était le protégé de Samuel de Champlain, le « père » de tous les explorateurs français. Brûlé choisit de laisser derrière lui, après deux ans, la sécurité et le confort relatifs de Québec pour ouvrir sa propre voie vers l’inconnu et vivre là où aucun Européen n’avait jamais mis les pieds.

Fondateur de la Nouvelle-France, Champlain espérait que Brûlé explorerait lui-même des terres inconnues, qu’il apprendrait la culture et la langue des Autochtones et, possiblement, trouverait une nouvelle route commerciale vers la Chine.

« Brûlé a joué un rôle important pendant son séjour dans ce coin de l’Ontario, qui est devenu le parc provincial Awenda », déclare Tim Tully, directeur de l’éducation du patrimoine naturel au parc Awenda. « Et bien que sa vie se soit terminée de façon tragique, il avait réussi à s’immerger complètement dans le mode de vie, les traditions culturelles, la langue et le patrimoine de la Première Nation Wendat (Huron) il y a plus de 400 ans. Sa présence a marqué l’histoire : c’était la première fois qu’un explorateur européen mettait les pieds en Ontario, et l’interaction et la vie de Brûlé au sein des Wendat constitue une page très importante de l’histoire du Canada et de l’Ontario. »

Les traces de Brûlé à Awenda

En raison de son enthousiasme à vivre au sein des Wendat, Brûlé y alla à fond de train, apprenant à parler couramment la langue wendat, s’habillant de vêtements autochtones traditionnels et s’intégrant au sein de la société wendat d’une façon que même Champlain, son mentor, n’avait pu le faire.

Brûlé se trouvait sur les terres de la nation wendat en 1610. Ces terres étaient situées entre ce qui est aujourd’hui le lac Simcoe et la baie Georgienne. Il a vécu dans le village wendat de Toanché, dont certains experts s’accordent pour dire qu’il se trouvait probablement là où se situe de nos jours le parc provincial Awenda.

De plus, Brûlé jouait souvent le rôle de médiateur et d’interprète auprès des envoyés français et des missionnaires, et il a voyagé sur la plus grande partie du bassin des Grands Lacs afin de tenter d’encourager une traite des fourrures naissante.

Premier revers

Connu comme un jeune homme courageux et aventurier, Brûlé s’est joint à Champlain lors d’une expédition pour obtenir l’appui des Wendat contre les Haudenosaunee (Iroquois) en 1615.

Les tensions découlant d’une traite des fourrures profitable étaient élevées entre les Wendat et les Haudenosaunee. Aussi, afin de renforcer les Wendat, Champlain se rendit à Wendake pour organiser une expédition guerrière contre leurs ennemis communs. Il y a 400 ans, l’expédition de Champlain a accosté à un village nommé Otouacha. Des universitaires ont conclu qu’Otouacha et Toanché étaient le même village, et donc Champlain aurait probablement débarqué sur une plage du parc Awenda. Il retrouva son ami Brûlé qui se porta volontaire pour voyager avec douze guerriers wendat et tenter d’inciter leurs alliés Susquehannah à se joindre à la lutte.

Après avoir voyagé dans le sud de l’Ontario, Brûlé se rendit à un village onondaga afin de retrouver des guerriers wendat, mais il ne trouva qu’un champ de bataille désert. Les Wendat avaient déjà été défaits et fui les lieux.

Un jeune homme tenace

Tirant avantage de cette malchance inopportune, Brûlé partit avec les Susquehannah et s’enfonça profondément dans leur territoire, devenant ainsi le premier Européen à atteindre la baie de Chesapeake, sur la côte de l’Atlantique. Lors de son retour sur le territoire wendat, Brûlé fut capturé et torturé par les Haudenosaunee, mais parvint à s’échapper.

Bien qu’il continua à découvrir d’autres endroits de ce qui est aujourd’hui l’Ontario – il fut le premier Européen à découvrir au moins trois, sinon tous les Grands Lacs –, il devint une sorte d’homme d’affaires malgré son analphabétisme. Il tira profit de démarches avec des marchands en encourageant le commerce avec les Wendat.

Tout semblait bien aller pour Brûlé, sauf qu’il abandonna Champlain et aida les Anglais à capturer Québec. Quand Champlain revint dans la région en 1633, il découvrit que Brûlé avait été assassiné par les Wendat pour une raison qui demeure inconnue.

On croit que Brûlé a été assassiné quelque part sur le territoire où se trouve aujourd’hui le parc provincial Awenda. On croit que ses restes sont enterrés à un endroit quelconque du parc bien qu’il n’en existe aucune preuve physique.

La tribu Wendat Bear avait abandonné Toanché en prétendant que leur infortune était le résultat direct de l’assassinat de Brûlé, mais ce meurtre n’amena aucun changement pour la tribu.

Disparu sans laisser de traces

À ce jour, il n’existe aucune trace physique de Brûlé et de sa vie chez les Wendat sur le territoire du parc Awenda, bien que de nombreux artefacts aient été mis au jour pendant des fouilles au cours des années et que ces objets soient toujours dans le répertoire provincial des artefacts de l’Ontario.
Fait intéressant, le parc Awenda allait porter le nom de « parc provincial Étienne Brûlé » en 1975, mais le nom de Brûlé était jugé trop controversé à l’époque. En 1988, Brûlé fut finalement honoré par la Commission des lieux et monuments historiques du Canada qui lui dédia une plaque située actuellement sur la First Beach du parc Awenda.

Aujourd’hui, plus de 600 000 francophones vivent en Ontario. Hors du Québec, c’est la communauté de langue française la plus importante au Canada.

Source : Extrait de l’article “Étienne Brûlé, explorateur français”, Blog de Parcs Ontario 2015

Reconnaissance patrimoniale et identitaire en Ontario français

Tel que le démontre l’historiographie, le personnage est présenté sous divers angles par les historiens. Toutefois, il existe, au-delà de l’histoire formelle, un culte de ce « héros » de la Nouvelle-France, notamment en Ontario français. Il s’agit d’une évolution tardive du parcours patrimonial du personnage, qui se reflète par la place qu’il occupe dans certaines publications de nature plus « amateur » telles une bande dessinée produite par la Société historique de Toronto *, ou la publication de la FESFO, Notre histoire *, dans laquelle Étienne Brûlé est présenté comme le premier « Franco-Ontarien ». Sur le site Web de la province il était, jusqu’à récemment, présenté comme un héros *. Après vérification, la section dans laquelle on retrouve Brûlé s’intitule dorénavant « Annuaire des célébrités ontariennes » *.

Sa pertinence pour l’Ontario se traduit aussi dans le patrimoine bâti. Trois écoles de la province portent son nom, dont une de langue française. Il s’agit de l’école secondaire Étienne-Brûlé de North-York qui est la première école secondaire du Grand Toronto fondée en 1969, la Étienne Brûlé Junior School de Etobicoke, et l’Étienne-Brûlé Public School de Sault-Ste-Marie. Il existe aussi un parc dédié à Brûlé à Toronto, ainsi que le belvédère Étienne Brûlé dans le parc de la Gatineau.

La valeur patrimoniale de Brûlé, tant comme simple personnage historique de la Nouvelle-France, qu’en tant que premier Franco-Ontarien, évolue au gré des contextes et de la transformation des mœurs sociétales. L’intérêt que présente Brûlé pour l’histoire de l’Ontario français et, plus particulièrement, la date de sa première visite sur le territoire actuel de l’Ontario (1610), est manifeste. De même, le fait que le nom de Brûlé peut être associé aujourd’hui à un lieu de formation, telle une école, indique l’évolution des normes comportementales de la société d’origine française au Canada. Au XIXe siècle, le code de conduite acceptable suivait des normes catholiques bien établies. Un Français qui avait choisi de vivre à l’amérindienne, que l’on a décrit comme vicieux et adonné aux femmes, et qui a trahi la France pour aider l’Angleterre, s’inscrivait assez difficilement dans le panthéon des héros… Aujourd’hui, en s’appuyant sur les mêmes faits et gestes, ce personnage est perçu comme un Français aventureux, courageux et audacieux.

* Pour plus d’informations sur les sources citées dans cet article : http://www.ameriquefrancaise.org/fr/article-179/#5

Source : Encyclopédie du patrimoine culturel de l’Amérique française, 2007 – Extrait de l’article « Étienne Brûlé, premier Franco-Ontarien » par Stéphanie St-Pierre

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